Tahiti, un paradis survivaliste?

Tahiti un paradis survivaliste?

La plupart des gens connaissent « Tahiti » mais rares sont ceux qui savent situer cette île sur un carte ; plus rares encore sont ceux qui savent que Tahiti n’est qu’une des 118 îles d’une collectivité d’outre-mer (COM) appelée « Polynésie Française ».

A l’inverse de la Réunion, la Guadeloupe-Martinique ou Mayotte, la Polynésie Française n’est pas un département français mais un territoire autonome qui dispose d’une assemblée élue, d’un drapeau et d’une large autonomie politique.

Lorsque je suis parti vivre à Tahiti, mon objectif était de faire grandir mes enfants dans un pays agréable, sans délinquance, avec un niveau de service (justice, éducation, santé, etc.) suffisant.

De ce point de vue je n’ai pas été déçu : vivre à Tahiti a ses inconvénients – que j’ai détaillés dans cet article – mais c’est un pays structurellement sain.

La Polynésie française, 118 îles réparties sur une surface grande comme l’Europe

Pour ceux qui sont engagés dans une démarche de résilience, Tahiti est une option intéressante qui présente beaucoup d’avantages mais aussi quelques inconvénients à ne pas négliger.

Une île isolée loin des grandes routes maritimes

Le principal atout de Tahiti, en tant que « paradis survivaliste », c’est évidemment son caractère insulaire.

Une île est facile à défendre, on contrôle facilement ce qui rentre. D’ailleurs, le COVID n’a quasiment pas touché la Polynésie Française : il n’y a eu que 62 cas sur une population de 280 000 habitants et personne n’en est mort.

Une étude intéressante a d’ailleurs établi que la façon la plus sûre de survivre à une pandémie majeure était de vivre dans une île au climat tropical loin des grandes masses de population.

La Polynésie Française n’est même pas citée dans cette étude alors qu’elle constitue un bien meilleur choix que les Comores, les îles Salomon ou Vanuatu qui sont en sous-développement chronique.

La raison est simple : la Polynésie Française est très peu connue ce qui – de mon point de vue – est un atout. Loin des grandes routes maritimes, elle est difficilement accessible autrement que par avion ce qui rend son accès facile à contrôler et restreindre, en cas de besoin.

Venir à Tahiti coûte cher, de toute façon : comptez au moins 800€ pour un vol simple depuis Paris. Y vivre est également difficile car, en dehors des services, le coût de la vie est 1,5 à 2 fois supérieur à celui de la métropole.

Bref, venir à Tahiti est tout sauf évident et ce n’est pas demain qu’un Aquarius viendra y débarquer une cargaison d’afghans ou de somaliens.

Un fort potentiel de ressources alimentaires

A l’inverse de nombreuses îles de Polynésie Française qui sont plates et qui manquent de ressources hydriques, Tahiti est une île montagneuse et verdoyante. La pluviométrie y est abondante, le soleil généreux et les terres d’origine volcanique y sont très fertiles. A Tahiti, tout pousse. Le problème vient plutôt des parasites et des insectes qui sont très agressifs pour les cultures.

Tahiti, montagneuse et verdoyante

Le caractère montagneux de l’île de Tahiti est évidemment un atout pour défendre facilement une parcelle en cas de problème. Mais cela rend aussi son urbanisation peu aisée et le foncier y est donc très cher, d’autant plus que des problèmes chroniques d’indivision réduisent encore l’offre disponible. Mais il est relativement facile de louer des terres avec un bail emphytéotique jusqu’à 99 ans, ce qui est probablement la meilleure option.

Notons qu’il existe d’autres îles en Polynésie qui présentent la même configuration : Moorea, Raiatea ou Huahine sont également des bons choix, moins grands, moins développés mais plus accessibles que l’île de Tahiti.

Pour les plus aventureux, l’archipel des Marquiseschanté par Brel, peint par Gauguin et réputé pour l’amabilité de sa population – est aussi un choix à considérer. Mais vivre aux Marquises est un choix du cœur qui n’est pas accessible à tout le monde!

Tahiti un paradis survivaliste?

Les îles Marquises, sauvages et envoûtantes

L’immense océan qui entoure Tahiti est également une source inépuisable de nourriture facilement accessible. Les thons, Mahi-Mahi et autres poissons pullulent dans cette zone qui demeure largement sous-exploitée et que les Polynésiens défendent jalousement des appétits chinois.

Une société multiculturelle accueillante

La population de Tahiti se décompose grossièrement en 70% de polynésiens, 15% d’européens et 15% d’asiatiques.

A priori, le multiculturalisme est un élément défavorable pour un lieu de vie survivaliste. En situation de crise, les identités se réaffirment brutalement et les communautés tendent à rentrer en opposition pour le contrôle des ressources.

Ce fut par exemple le cas lors de la crise des Gilets Jaunes à la Réunion (pourtant réputée assez sûre) où un célèbre chroniqueur local rapporta ainsi une multiplication des cas de casses, pillages et rackets avec « une modulation en fonction de l’ethnie ».

Comme le souligne l’auteur : « Le vivre-ensemble est un vernis qui peut craquer très vite, et ne doit son existence qu’aux forces de l’ordre et à la crainte de sanctions s’il n’est pas respecté. Le jour où un état n’a plus les ressources nécessaires au maintien de l’ordre, le “vivre-ensemble” disparaît, et cela peut aller très vite. »

Ce risque existe aussi à Tahiti mais le caractère polynésien est globalement aimable et accueillant tant qu’il ne se sent pas menacé.

En Polynésie, plusieurs populations qui se mélangent sans problème

A l’instar des asiatiques du Sud-Est (chinois, vietnamiens, laotiens, etc.), la population polynésienne est peu criminogène : la délinquance à Tahiti est largement inférieure à ce qu’elle est en France et on s’y sent d’ailleurs beaucoup plus en sécurité. N’y cherchez pas un quelconque déterminisme social : 55% de la population polynésienne vit en dessous du seuil de pauvreté ! Aux Etats-Unis, où les statistiques ethniques sont autorisées, les polynésiens (qui vivent essentiellement à Hawaï) sont le groupe avec un des plus faibles taux de prisonniers par habitant.

En faisant l’effort de s’intégrer à la culture et à la population polynésienne, en laissant de côté certains comportements occidentaux perçus comme arrogants, il est tout à fait possible d’être pleinement accepté et de limiter le risque d’un désastreux face-à-face ethnique.

Une île sous perfusion fortement dépendante

La plus grande fragilité de la Polynésie, c’est sa dépendance aux approvisionnement venus de l’extérieur. Car à part le tourisme et quelques micro-industries telles que la perle noire ou la vanille, on ne produit pas grand-chose à Tahiti : tout – ou presque – est importé.

C’est aussi une économie sous perfusion qui dépend étroitement des transferts financiers directs ou indirects (salaires des fonctionnaires) de la métropole. La dotation que verse chaque année la France à la Polynésie représente 40% de ses ressources publiques !

A l’inverse, il faut aussi noter que la pression fiscale est beaucoup moins importante en Polynésie qu’en France et que le niveau d’endettement public n’y est que de 14% du PIB … contre 98% pour la France. Contrairement à la France, la Polynésie a donc des marges de manœuvres pour redresser la barre en cas de crise financière importante.

Autre problème : l’insularité et l’isolement de Tahiti la rendent particulièrement exposée aux ruptures des circuits logistiques internationaux, pour l’approvisionnement du carburant par exemple. Il est donc nécessaire de prévoir des réserves suffisantes pour les ressources essentielles qui ne peuvent être produits en local.

Le port de Papeete, cordon ombilical de la Polynésie avec le reste du monde

Conclusion : bon plan ou pas ?

Comme on a pu le voir, Tahiti a beaucoup d’atouts pour quelqu’un qui veut s’engager dans une démarche de résilience et qui recherche une destination à la fois francophone, sûre et suffisamment développée.

En cas de crise majeure, la Polynésie souffrira probablement de son caractère insulaire loin des grandes routes maritimes mais elle dispose de nombreuses ressources naturelles et d’une population calme et résiliente, habituée à s’entre-aider en cas de crise.

Sa faible auto-suffisance et sa forte dépendance aux circuits logistiques internationaux sont indéniablement une fragilité qui perdure malgré les efforts des gouvernements successifs. Venir vivre à Tahiti est donc un projet qui a du sens mais qui ne se suffira pas à lui-même. D’autres mesures, à minima la mise en place d’une réserve tournante, seront également indispensables.

D’autres destinations insulaires sont également à considérer dans une logique de résilience : par exemple Saint-Pierre et Miquelon qui est une petite île très préservée au large du Québec. Sa faible population (6000 hab) et son climat froid sont cependant à prendre en compte pour celui qui envisage de s’y installer à long terme.

Et vous, pensez-vous que Tahiti peut-être votre “paradis survivaliste”? Donnez-moi votre avis dans les commentaires

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