La stratégie “océan bleu” pour changer de vie

Cela fait maintenant 8 ans que nous vivons en Polynésie Française.

Depuis le jour où j’ai saisi l’occasion d’accepter un poste dont, bizarrement, personne ne voulait pour occuper un poste de chef de service dans une grosse structure locale.

Ce poste s’est avéré particulièrement lourd et contraignant mais ça en valait vraiment le coup : j’ai découvert un pays magnifique et surtout structurellement sain avec une vraie qualité de vie et une insécurité quasi-nulle. Et nous avons fini par nous y installer définitivement.

Paris brûle-t-il?

Même pour un salaire confortable, j’étais réellement fatigué de vivre dans ce moloch qu’est devenu Paris, surpeuplée, chère et même dangereuse. Une ville dans laquelle les gens ordinaires sont en concurrence pour tout : les logements corrects, les places de parking, les places en crèche, l’accès à la route pour se rendre à son travail tout simplement, …

Paris est la parfaite illustration de la théorie marketing de l’océan rouge / océan bleu.

D’après cette théorie célèbre popularisée en 2005 par 2 chercheurs de l’INSEAD, certains business ne sont structurellement pas rentables simplement parce qu’il y’a trop de monde dessus, trop de concurrence qui tire les marges vers zéro. Quelques soient les efforts que vous faites, vous aurez beaucoup de mal à en vivre car la compétition y est sanglante : il y’a trop de requins dans le même bassin qui se mangent entre eux. C’est l’océan rouge.

Paris (et la plupart des grandes mégapoles mondiales) est un océan rouge. Pour y vivre confortablement, surtout si vous avez des enfants, il faut avoir des revenus vraiment élevés ou bénéficier d’une situation privilégiée : c’est le cas de tous les rentiers qui ont eu la chance de disposer d’un capital pour y acheter au bon moment, vers la fin des année 90.

Si vous voulez avoir une vie de qualité, vous devez refuser l’océan rouge et rechercher l’océan bleu, là où la concurrence est faible. Vivre dans l’océan rouge finira par vous épuiser et vous abrutir. Les journées y sont toujours trop courtes, l’espace trop contraint, les transports trop congestionnés.

La vie y est une course de rats sans aucun sens qui passe en un éclair.

La réalité “océan rouge” quand on fait partie des déciles de revenu les plus bas – Photo by Etienne Girardet on Unsplash

 trouver les océans bleus?

Il existe une multitude d’océans bleus, y compris en France. Des villes comme Clermont-Ferrand ou Limoges, des département comme celui de La Manche sont à la fois peu chers et offrent un cadre de vie agréable et raisonnablement sûr.

A l’international, les pays d’Europe de l’Est sont des océans bleus intéressants, culturellement proches, peu chers et sûrs avec un niveau de développement qui se rapproche de celui des grandes pays occidentaux.

Ainsi l’indice du coût de la vie calculé par le site Numbeo.com est de 85 pour Paris et 70 pour les grandes villes de province. Il tombe à 65 dans la très agréable ville de Vienne (Autriche), 45 pour Prague (Tchéquie), 41 pour Varsovie (Pologne) et Budapest (Hongrie), 30-35 pour la Roumanie et la Bulgarie.

Séville (48) et Lisbonne (49) sont également des options à considérer, surtout si vous êtes retraité.

Ne négligez pas les Etats-Unis si vous avez l’occasion d’être affecté dans ce pays. Le coût de la vie y est aussi important qu’en Europe de l’Ouest mais les salaires y sont beaucoup plus élevés. En fuyant les villes hors de prix telles que Détroit, Los Angeles ou New York, vous pouvez par exemple vivre dans l’agréable ville de Dallas où l’indice de pouvoir d’achat local (ratio revenu/coût de la vie) est de 1,47 alors qu’il est au mieux de 0,98 à Toulouse pour la France !

Notez d’ailleurs que cet indice n’est que de 0,66 à Paris ce qui confirme que vivre à Paris est une mauvaise affaire quand on ne fait pas partie de la classe des hauts revenus.

A vous de définir vos objectifs et vos limites : l’Afrique est incontestablement un océan bleu et on y parle français dans beaucoup de pays. Mais avez-vous envie d’aller y vivre ? A bien des égards, c’est un excellent plan mais qui nécessite une grosse capacité d’adaptation.

Carte des coûts de la vie en Europe (Numbeo.com) – Quand c’est rouge, c’est océan rouge!

La théorie de l’océan bleu s’applique à d’autres domaines que votre lieu de vie, par exemple votre milieu professionnel.

Lorsque j’étais jeune cadre, j’ai demandé à travailler dans une petite direction au nom imprononçable. C’était plutôt un poste à vocation diplomatique et commerciale. Comme j’étais issu de la filière « ingénieur », la DRH s’est roulée par terre en m’expliquant que je piétinais ma carrière. Je ne suivais aucun de leur « parcours-type ».

Ce fut non seulement un poste passionnant mais également celui qui m’a donné la meilleure promotion. Evidemment, je courrai le risque de me planter mais si j’étais resté dans mon ancienne direction, j’aurais été noyé dans la masse sans perspective d’avancement.

OK mais comment on change d’océan? 

Pour changer d’océan, le plus simple est de rester activement à l’écoute des opportunités qui se présentent, d’être patient et de savoir les saisir.

Ne pensez pas que la concurrence soit délirante ; d’abord, il y’a peu de personnes qui font l’effort de définir leurs objectifs et de mettre en place une veille active pour changer d’océan.

Ensuite, même quand cette opportunité se présente, rares sont ceux qui franchissent le pas. De manière générale, les gens n’aiment pas changer pour l’inconnu.

Je me souviens d’un poste très bien payé qui était disponible aux Etats-Unis et pour lequel il fallait un cadre ancien (ce que je n’étais pas). Au début du processus de recrutement, il n’y avait que 7 candidats dont 3 « touristes » peu crédibles pour le poste. Celui qui a été finalement retenu était fou de joie mais il s’est finalement désisté … parce que sa femme « angoissait ».

La voie royale pour changer d’océan est de bénéficier d’une mutation par votre entreprise ce qui vous facilitera vraiment la vie. Sinon il faudra vous prendre en main, réunir suffisamment d’argent et vous lancer. Ce n’est ni facile ni confortable, surtout quand on a des enfants. Mais avec un plan bien construit, vous n’avez pas de raison d’échouer.

Une piste intéressante est de lancer un business en franchise. Vous bénéficiez de l’assistance et du renom d’une entreprise solidement établie, même si ça a un prix, ce qui accélère vraiment le décollage de votre business. Ne croyez pas qu’il faille nécessairement être un spécialiste du domaine, les franchiseurs préfèrent souvent avoir affaire à des personnes peu expertes qui appliqueront leurs processus à la lettre.

Quel que soit votre choix, je vous conseille vraiment de ne pas démissionner mais de vous mettre en disponibilité de votre entreprise (par exemple en congé pour création d’entreprise). Ce dispositif vous offre un filet de secours appréciable pour retrouver votre ancien boulot si les choses ne tournent pas comme vous le souhaitez.

Agissez comme la murène : elle attend patiemment les opportunités de proies qui passent à sa portée et ne quitte sa grotte que quand elle en a trouvé une autre.

Et surtout, soyez souple. Partir à Tahiti n’était ni notre 1er ni notre 2ème choix. En fait on n’y avait même pas pensé. Nous étions plutôt sur des postes aux Etats-Unis ou aux EAU. Mais ce poste s’est présenté et nous avons saisi l’opportunité sans trop savoir ce qui nous attendait.

Il existe une loi bizarre dite « de l’attraction » qui veut que si vous vous battez vraiment pour quelque chose, l’univers semble conspirer pour vous aider à le réaliser. Certains y voient la main de Dieu d’autres le simple produit de vos efforts. Quoi qu’il en soit, j’ai souvent constaté qu’à partir d’un certain niveau d’acharnement, le problème n’est plus de trouver des opportunités mais de choisir la bonne.

Donc accrochez-vous et réfléchissez dès aujourd’hui pour à votre plan pour sortir de la course de rats. Il est probable qu’il vous faudra 1, 2 voire peut-être 3 ans pour le réaliser mais vous connaissez le dicton : « si c’était facile, tout le monde le ferait » …

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